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Mot du vice recteur

Appelé de la faculté à l'université, je n'ai pu faire l'économie de questionnements dont certains sur un mode d'urgence. En effet, je m'éloignais d'une structure à l'échelle humaine pour en intégrer une nouvelle où les effectifs et la superficie avaient de quoi intimider. Je partageais désormais la vie d'une équipe. Or, je sais de science certaine que toute action collective naît dans le cerveau de l'homme et est façonnée par ses activités cognitives et ses affects. Cette même action s'exerce au niveau de structures et de lieux pour connaître le jeu des influences de l'organisation, des mimétismes, des naissances et des changements de coalitions, des manoeuvres - tout cela, bien entendu, dans le but positif de mener le bateau de l'université à bon port ! Les femmes et les hommes qui font l'organisation en question affirment d'une façon ou d'une autre leur présence et l'action collective dans l'université est alors marquée par une logique cohérente qui fait l'originalité de l'UBMA par rapport à l'université de Constantine, d'Alger ou d'Oran par exemple.

Cette logique existait avant mon arrivée, existe au moment où je vous soumets ces réflexions et survivra à mon départ ; elle s'affirme et s'affine dans le temps et permet à tous les acteurs universitaires d'identifier l'UBMA et (est-ce le cas ?) de s'identifier à elle. Je viens d'ébaucher à grands traits la problématique de l'identité. Ce concept a été vulgarisé par la littérature managériale dans les années 80 au sein du monde industriel et entrepreneurial. J' y ai songé d'emblée en découvrant l'éditorial de Monsieur le Recteur de l'UBMA dans le journal d'information de Mars 2014 et je l'ai rapproché de l'allocution d'un capitaine d'industrie qui pontifiait : « Projet partagé, être à l'écoute, structures favorisant la flexibilité et la réactivité, n'auraient aucun sens et moins encore de chance d'être efficaces, si nous ne partagions pas une autre certitude : celle que les femmes et les hommes de l'entreprise constituent sa principale ressource stratégique. Notre environnement est aujourd'hui trop vaste, trop complexe, trop changeant pour que nous puissions encore avoir l'illusion – si telle a même jamais été le cas – que seul le capitaine peut mener le bateau au port. Non seulement tout l'équipage doit être sur le pont, être efficace à son poste, mais il nous faut encore mobiliser toute son énergie, son intelligence et son esprit d'initiative ». Ainsi, je redécouvrais des évidences : ma participation n'aura de sens que si elle s'imbrique dans un effort collectif, ne réussira que si, du premier au dernier collaborateur, nous ramons en synergie et vers un même cap, n'aura de retombées contributives que si elle s'inscrit dans la durée. J'en ai eu un aperçu récent lors de la visite de l'université des mines d'Ekaterinburg (Russie) où l'hymne de l'université met tout le monde au garde-à-vous, les doigts sur la couture du pantalon d'un uniforme consacré : mon esprit quelque peu individualiste peut s'en formaliser, mais force m'est de constater que l'université d'Ekaterinburg se distingue des autres, qu'elle jouit d'une identité claire dont elle tire vraisemblablement orgueil, force et cohérence.

Entendons-nous bien ! Je n'appelle pas à régenter et encore moins à caporaliser les ressources humaines de l'UBMA, je lance l'idée de nous atteler à forger notre identité, en suivant nos propres sentiers, en fédérant nos énergies immenses et en mutualisant nos moyens. Ce n'est donc pas une profession de foi unanimiste, une vision idéaliste à tendre vers une communauté organique ou psychologique ; c'est une reconnaissance que l'UBMA peut être traversée de tensions et de conflits somme toute naturels mais, et c'est là une preuve de maturité, nous gérerons ensemble l'identité en progressant sur la voie de la communalisation, en consentant les arbitrages apaisés de la tension entre la réalité de notre terrain et un idéal, en expliquant et en mettant en route une volonté d'utiliser notre potentiel et en nous tournant vers l'avenir, de façon décidée et raisonnée ! Cette gestion de l'identité est vitale car les managers du monde moderne nous enseignent qu' « Une identité non gérée transforme l'entreprise [l'université pour ce qui nous préoccupe] en un bastion qui préfère souvent mourir que changer »… et nous ne voulons pas mourir ! Il nous faut donc des meneurs d'hommes et de femmes qui transforment les fonctionnaires de l'UBMA en une communauté engagée. Engagée, sursauterez-vous ? Encore et toujours ce sacré concept d'engagement, suintant le rassis idéologique et le suranné ? Non, assurément pas ! Nos leaders se concentreront sur trois entités : les buts de l'université (Produire et reproduire le savoir, dégager des femmes et des hommes qui dirigeront nos régions et notre pays, etc.) ; ses valeurs (démocratisation de l'enseignement supérieur certes mais en ne perdant pas de vue la nécessité de mettre sur le marché du travail des acteurs efficients et l'élite de demain, etc.) ; la structure de son système pour produire une identité à laquelle tous les partenaires de l'UBMA peuvent souscrire, qui marque la vie professionnelle et assure l'intégration sociale, au–delà des aspects formels voulus par l'organigramme et la hiérarchie.

Donc, nous emprunterons le chemin des capitaines et managers qui ont réussi et qui, dans ce dessein, ont consenti : des structures adaptées; une gestion favorisant la convergence des efforts individuels vers les buts communs de l'université ; une direction efficace et non omnisciente. Nous forgerons une identité de l'UBMA en bâtissant des systèmes et des processus qui comportent: l'établissement de standards et la mesure des performances; la création et l'administration de systèmes de motivation et d'incitation ; la création et l'administration de systèmes de contrôle; la sélection des hommes et la gestion de carrière. Ce faisant, nous n'établirons jamais de système normatif et figé. Ne cherchez pas ! J'ai abusivement emprunté aux écrits des managers: mon propos n'est donc pas inédit, j'ai fait acte de plagiat pour habiller mes rêves et fournir des réponses à mes questionnements ! Je l'ai consenti en me répétant que si cela se concrétisait déjà ailleurs, cela devrait être reproductible chez nous. Je demande à être démenti !

Professeur GUEROUI Said
Vice Recteur chargé de la PGHURS

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